maryline desbiolles

Envoyé par Printemps du livre le 30 décembre 2010 à 13:00. FavoriteLoadingajouter à vos favoris Partager
Maryline Desbiolles©Jérôme Panconi/Seuil

©Jérome Panconi/Seuil

Née à Ugine, Mary­line Des­biolles vit dans l’arrière-pays niçois. C’est dans la constel­la­tion des­si­née par les lieux de l’enfance que s’inscrivent ses récits et romans publiés aux éditions du Seuil depuis La Seiche (1998)et  Anchise (1999, Prix Fémina). Depuis Primo (2005), récit-enquête sur les traces de sa grand-mère ita­lienne, dans C’est pour­tant pas la guerre (2007) ou encore La scène (2009), l’écriture devient patiente recons­ti­tu­tion. Les silences et les drames, les dou­leurs de l’exil, mais aussi les scènes écla­tantes, revi­si­tées autant qu’inventées par la mémoire, emportent l’aventure roma­nesque vers des ori­gines qui ont «éter­nel­le­ment le goût de la pre­mière fois. »

Ver­sion sonore Extrait de La scène :



La scèneExtrait de La scène :
Nous sommes à côté, mon arrière-grand-père et moi, un peu en retrait, mon arrière-grand-mère est assise et moi debout contre elle. Elle a ses che­veux blancs bien tirés, je me sou­viens de son chi­gnon en escar­got au bas de son crâne, elle sou­rit elle aussi mais sans ouvrir trop la bouche, elle n’a plus qu’une seule dent, une dent de devant sur la mâchoire infé­rieure (ma grand-mère, à cause d’une mala­die des gen­cives, n’a plus aucune dent, mais elle porte un den­tier). Je crois aussi que mon arrière-grand-mère a mal au dos, qu’elle est un peu tas­sée, sur­char­gée de tout le tra­vail qu’elle a accom­pli et qu’elle accom­plit encore, des enfants qu’elle a élevés, neuf, ils ne sont pas tous sur la photo, loin s’en faut, et cer­tains mour­ront bien­tôt, fort heu­reu­se­ment après elle, des hommes encore jeunes, beaux comme des acteurs de cinéma, dit ma mère. Elle tient aussi un verre de vin même si elle ne le lève pas haut comme les autres, son bras la fait souf­frir sans doute, je suis debout contre elle, je dois avoir six ou sept ans, j’ai les bras et les jambes maigres, de sau­te­relle, j’ai les che­veux courts, je me mords légè­re­ment la lèvre infé­rieure, et de la main gauche je serre mes doigts de la main droite, ne sachant sûre­ment que faire de bras bal­lants.
La scène, p. 26

RENCONTRES

Jeu 14, à 18h30
Biblio­thèque Centre ville
Sam 16, à 17h30
Mai­son de l’International

SIGNATURE
Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Une femme drôle, L’Olivier, 2010
Je vais faire un tour, Créa­phis / Facim, 2010
La Scène, roman, Seuil, 2009
C’est pour­tant pas la guerre : 10 voix + 1, recueil, Seuil, 2007
Primo, roman, Seuil, 2005
Anchise, roman, Seuil, 1999, prix Fémina
La Seiche, roman, Seuil, 1998

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2 commentaires

  • Danielle dit :

    La Scène
    Depuis Primo, l’auteure a changé son fusil roma­nesque d’épaule. La fic­tion se teinte for­te­ment d’une forme d’enquête, sur les pas de la mémoire ou d’une inter­ro­ga­tion lan­ci­nante. Dans «Primo», c’était le drame intime vécue par la grand-mère, par­tie accou­cher dans l’Italie mus­so­li­nienne. Dans «C’est pour­tant pas la guerre», c’étaient les voix de dix habi­tants de l’Ariane, un «quar­tier dif­fi­cile» à Nice : leurs voix d’exil, de silence, de colère ou de rési­gna­tion, leurs réponses éton­nantes à la ques­tion : pour­quoi vivez-vous ici ?
    Dans «La Scène», on retrouve cette nar­ra­tion flot­tante et aigüe qui est la marque de Mary­line Des­biolles. Une scène de repas où 11 hommes sont réunis, et voilà l’imagination et la mémoire en transe. Voici l’Italie, l’enfance, une photo d’été et de familles, des his­toires de repas, d’amour, des tables et des tableaux, car l’Art et la nour­ri­ture ont tou­jours son mot à dire dans la ques­tion des origines !!!

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