Née à Ugine, Maryline Desbiolles vit dans l’arrière-pays niçois. C’est dans la constellation dessinée par les lieux de l’enfance que s’inscrivent ses récits et romans publiés aux éditions du Seuil depuis La Seiche (1998)et Anchise (1999, Prix Fémina). Depuis Primo (2005), récit-enquête sur les traces de sa grand-mère italienne, dans C’est pourtant pas la guerre (2007) ou encore La scène (2009), l’écriture devient patiente reconstitution. Les silences et les drames, les douleurs de l’exil, mais aussi les scènes éclatantes, revisitées autant qu’inventées par la mémoire, emportent l’aventure romanesque vers des origines qui ont «éternellement le goût de la première fois. »
Version sonore Extrait de La scène :
Extrait de La scène :
Nous sommes à côté, mon arrière-grand-père et moi, un peu en retrait, mon arrière-grand-mère est assise et moi debout contre elle. Elle a ses cheveux blancs bien tirés, je me souviens de son chignon en escargot au bas de son crâne, elle sourit elle aussi mais sans ouvrir trop la bouche, elle n’a plus qu’une seule dent, une dent de devant sur la mâchoire inférieure (ma grand-mère, à cause d’une maladie des gencives, n’a plus aucune dent, mais elle porte un dentier). Je crois aussi que mon arrière-grand-mère a mal au dos, qu’elle est un peu tassée, surchargée de tout le travail qu’elle a accompli et qu’elle accomplit encore, des enfants qu’elle a élevés, neuf, ils ne sont pas tous sur la photo, loin s’en faut, et certains mourront bientôt, fort heureusement après elle, des hommes encore jeunes, beaux comme des acteurs de cinéma, dit ma mère. Elle tient aussi un verre de vin même si elle ne le lève pas haut comme les autres, son bras la fait souffrir sans doute, je suis debout contre elle, je dois avoir six ou sept ans, j’ai les bras et les jambes maigres, de sauterelle, j’ai les cheveux courts, je me mords légèrement la lèvre inférieure, et de la main gauche je serre mes doigts de la main droite, ne sachant sûrement que faire de bras ballants. La scène, p. 26
RENCONTRES
Jeu 14, à 18h30
Bibliothèque Centre ville Sam 16, à 17h30
Maison de l’International
SIGNATURE Dédicaces des auteurs vendredi,
samedi ou dimanche
sous le chapiteau du Jardin de ville
BIBLIOGRAPHIESÉLECTIVE
Une femme drôle, L’Olivier, 2010
Je vais faire un tour, Créaphis / Facim, 2010 La Scène, roman, Seuil, 2009 C’est pourtant pas la guerre : 10 voix + 1, recueil, Seuil, 2007 Primo, roman, Seuil, 2005 Anchise, roman, Seuil, 1999, prix Fémina La Seiche, roman, Seuil, 1998
La Scène
Depuis Primo, l’auteure a changé son fusil romanesque d’épaule. La fiction se teinte fortement d’une forme d’enquête, sur les pas de la mémoire ou d’une interrogation lancinante. Dans «Primo», c’était le drame intime vécue par la grand-mère, partie accoucher dans l’Italie mussolinienne. Dans «C’est pourtant pas la guerre», c’étaient les voix de dix habitants de l’Ariane, un «quartier difficile» à Nice : leurs voix d’exil, de silence, de colère ou de résignation, leurs réponses étonnantes à la question : pourquoi vivez-vous ici ?
Dans «La Scène», on retrouve cette narration flottante et aigüe qui est la marque de Maryline Desbiolles. Une scène de repas où 11 hommes sont réunis, et voilà l’imagination et la mémoire en transe. Voici l’Italie, l’enfance, une photo d’été et de familles, des histoires de repas, d’amour, des tables et des tableaux, car l’Art et la nourriture ont toujours son mot à dire dans la question des origines !!!
[…] demandé son avis à une stagiaire sur le livre Aïzan de Maryline Desbiolles, auteur invitée au Printemps du livre de 2011, et voici le mot qu’elle nous a gentiment écrit […]
La Scène
Depuis Primo, l’auteure a changé son fusil romanesque d’épaule. La fiction se teinte fortement d’une forme d’enquête, sur les pas de la mémoire ou d’une interrogation lancinante. Dans «Primo», c’était le drame intime vécue par la grand-mère, partie accoucher dans l’Italie mussolinienne. Dans «C’est pourtant pas la guerre», c’étaient les voix de dix habitants de l’Ariane, un «quartier difficile» à Nice : leurs voix d’exil, de silence, de colère ou de résignation, leurs réponses étonnantes à la question : pourquoi vivez-vous ici ?
Dans «La Scène», on retrouve cette narration flottante et aigüe qui est la marque de Maryline Desbiolles. Une scène de repas où 11 hommes sont réunis, et voilà l’imagination et la mémoire en transe. Voici l’Italie, l’enfance, une photo d’été et de familles, des histoires de repas, d’amour, des tables et des tableaux, car l’Art et la nourriture ont toujours son mot à dire dans la question des origines !!!